À retenir
- Environ seize millions d'années, antérieure au reste du pays.
- La péninsule est loin de la zone active. Ni lave récente, ni vapeur.
- Les glaciers ont creusé les fjords et raboté les sommets.
- Sur une surface grande comme un petit pays, et en baisse.
Le sol le plus ancien d'un pays très jeune
L'Islande est une île neuve à l'échelle géologique, encore en construction le long d'une dorsale océanique qui la traverse en son milieu. La roche de la dorsale se fabrique en ce moment. Plus on s'en éloigne dans un sens ou dans l'autre, plus le sol est ancien.
Les Westfjords sont aussi loin de cette dorsale qu'il est possible de l'être en Islande, et le basalte y date d'environ seize millions d'années : c'est la roche affleurante la plus ancienne du pays. Elle s'est déposée coulée après coulée, une éruption à la fois, dans un lieu qui était alors la zone active et qui s'en est depuis éloigné.
On voit cette histoire depuis l'autocar. Les parois des montagnes sont rayées à l'horizontale, et chaque rayure est une coulée de lave surmontée d'une couche altérée. Les compter revient à compter des éruptions.
La partie de l'Islande sans volcans
Cela surprend, car l'Islande évoque les volcans pour la plupart des visiteurs. Les Westfjords n'en ont aucun qui compte.
Il n'y a pas de volcanisme actif ici, pas de champ de lave récent, pas de fissure et pas de centrale géothermique comme celles qui alimentent le sud. Les paysages noirs spectaculaires que l'on attend de l'Islande sont à des centaines de kilomètres.
Ce qu'il y a à la place, c'est une roche très ancienne, très dure et très stable, et l'effet est un tout autre pays : vert plutôt que noir, arrondi et en terrasses plutôt que brut, et calme au sens géologique comme au sens humain.
Il existe des sources chaudes, qui viennent d'une circulation profonde et non d'une chambre magmatique, et une ou deux sont célèbres. Mais les Westfjords sont la partie de l'Islande où le sol ne fait rien, et cela constitue une grande part de leur caractère.
Cela signifie aussi que la région est passée à côté de la richesse géothermique qui chauffe le reste du pays presque gratuitement, une raison de plus au départ de la population vers le sud.
Des parois de basalte rayées à l'horizontale au-dessus d'un fjord immobile
Pourquoi la carte ressemble à une main
La forme est entièrement l'œuvre de la glace.
Pendant les glaciations, une épaisse calotte reposait sur ce bloc de basalte et se déplaçait vers la mer. Une glace qui descend une vallée la creuse plus profondément et plus carrément que l'eau ne le fera jamais, et là où elle atteignait l'océan elle taillait sous le niveau de la mer. À la fonte, la mer est entrée et a rempli les tranchées, et ces tranchées sont les fjords.
Les sommets plats sont l'autre moitié de l'histoire. Les hauteurs entre les fjords ont été rabotées plutôt qu'aiguisées, laissant de larges tables à une altitude comparable dans toute la région, ce qui explique une ligne d'horizon plane plutôt que dentelée.
La péninsule en forme de main sur la carte est donc un bloc de lave en couches entaillé de profondes rainures parallèles venues de toutes les directions, et les doigts entre les rainures sont ce qu'il en reste.
Dynjandi se trouve au fond de l'une de ces tranchées, se déversant du bord de l'ancien plateau dans un fjord qui n'existait pas quand la rivière a commencé à couler.
Sept mille personnes
Les Westfjords comptent environ sept mille habitants, à peu près deux pour cent de la population islandaise, dans une région qui représente une part importante de la superficie du pays.
Cela n'a pas toujours été aussi clairsemé. Quand la pêche se faisait en petits bateaux, chaque fjord doté d'un débarcadère faisait vivre des gens, et la région était l'une des plus peuplées du pays. Les navires plus grands, puis les quotas, puis l'attraction de Reykjavik ont inversé cela au cours d'un siècle.
Ísafjörður, avec environ deux mille cinq cents habitants, est la plus grande ville. Ensuite viennent des villages de quelques centaines d'âmes, et entre eux de longues étendues où il n'y a que des moutons.
L'effet sur un visiteur est immédiat et difficile à rendre en photographie. Vous pouvez vous tenir devant une cascade de cent mètres, regarder autour de vous et ne voir aucun bâtiment.
L'autre chose qui frappe est l'éloignement des localités. Les villages sont ici séparés par des routes de montagne et des caps plutôt que par quelques minutes de trajet, et chacun a dû être plus autonome que sa taille ne le laisse croire.
16 millions
L'âge en années du basalte des Westfjords. C'est la roche affleurante la plus ancienne d'Islande, et chaque rayure sur une paroi est une éruption distincte.
Pourquoi si peu de visiteurs arrivent jusqu'ici
L'Islande reçoit un nombre considérable de visiteurs et presque tous vont aux mêmes endroits : la côte sud, le Cercle d'Or, la région de la capitale et le nord autour d'Akureyri.
Les Westfjords n'en reçoivent qu'une petite fraction, pour la simple raison qu'ils constituent un long détour par rapport à tout itinéraire suivant la route circulaire. Y venir depuis Reykjavik prend presque une journée, les routes de la région sont lentes, et un visiteur disposant d'une semaine doit renoncer à une grande partie du parcours classique pour les inclure.
C'est pourquoi une escale de croisière à Ísafjörður est une véritable aubaine. Un navire vous dépose au milieu de la région pour une journée sans aucun trajet routier préalable, et une excursion de quatre heures atteint son site naturel le plus impressionnant.
C'est aussi pourquoi Dynjandi, une cascade qui serait prise d'assaut n'importe où ailleurs dans le pays, reste un endroit où l'on peut s'entendre penser.
